Transsibérien
Publié par G le dans Carnets de route, one|world project, Russie avec 4 Commentaires
Jeudi 18 septembre :
Grâce à mon repérage du matin, je parviens sans problème à la gare. Mon train n’est qu’à 21h30. J’ai 1h30 à attendre et le hall est bondé. J’en profite pour acheter quelques vivres chez les innombrables vendeurs devant la gare et pour manger vite fait un espèce de kébab ouzbèque.
Le numéro de voie apparaît sur le panneau d’affichage, mon train est annoncé et entre en gare. Je trouve le bon quai et bénit les russes d’utiliser les mêmes chiffres que nous et non un alphabet incompréhensible. Je suis dans la voiture 1, la première après la locomotive. J’y arrive après avoir parcouru tout le quai, donne mon billet à la prodovnitsa (l’accompagnatrice de train) et m’installe dans ma cabine. Ce sont des cabines de 4 couchettes. Pour l’instant nous sommes deux dedans (moi et un russe), espérons que ça dure !
Pour les trains de longues distances, il y a deux prodovnitsa par wagon qui se relayent. C’est elles qui vont gérer la vie dans le wagon, veiller à ce que le samovar (sorte de grosse bouilloire à charbon) soit toujours rempli d’eau et de charbon, passer l’aspirateur une fois par jour et réveiller les passagers quand ils arrivent à leur gare de destination. Ce sont les maîtres à bord et mieux vaut s’en faire des amies que des ennemies.
Le train démarre, c’est parti pour 5 jours de voyages jusqu’en Mongolie. Première nuit dans le train, pas facile de trouver le sommeil tellement ça bouge dans tous les sens.
Vendredi 19 septembre :
La nuit fut mouvementée et le sommeil interrompu de nombreuses fois par les soubressauts du train. Nous roulons dans la campagne russe sous un ciel gris qui rend lepaysages plutôt lugubre. Nous traversons et villages et des villes d’un autre temps. La campagne est très industrialisée et les maisons semblent s’être installées autour des usines. Nous voyons enfin les célèbres Lada et notre train imperturbable continue sa route. Nous croisons une quantité impressionnante de gares (il y en aurait 990 jusque Vladivostok) mais nous ne nous arrêtons que dans deux ou trois gares par jour.
Les gares sont l’occasion pour nous de prendre un peu l’air et de faire nos courses auprès des vendeurs qui peuplent les quais dès qu’un train arrive. La vie du train sorganise autour des arrêts en gare et la prodovnitsa veille à ce que nous ne retardions pas le train en nous faisant profiter à chaque arrêt des seuls mots d’anglais qu’elle connait : five minutes ou parfois dans les grosses villes : twenty minutes.
Mon compagnon de voyage russe dont je n’aurai réussi à obtenir aucune parole descend ici me laissant seul dans ma cabine. Dire que des gens ont payé le double du prix pour être en première classe dans des cabines deux couchettes…
Je passe ma journée entre la contemplation du paysage et la lecture. Le temps passe vite et nous avons déjà une heure de décalage horaire par rapport à Moscou. Vers 23h30 nous arrivons à Iekaterinbourg. Nous venons de passer la “frontière” entre l’Europe et l’Asie. Nous avons déjà fait 1814 km.
Samedi 20 septembre :
J’ai mieux dormi cette nuit, je m’habitue aux mouvements du train et à la taille réduite de ma couchette. En Russie non plus être grand n’est pas un avantage pour voyager.
Je fais la connaissance de mes compagnons de voyage :
Gerard et Anke, un couple de suédois dans la cinquantaine qui démarrent un tour de 3 mois sac au dos en Asie.
Steffen et Tanja, un couple d’Allemands d’une vingtaine d’années qui démarrent un voyage d’un an jusqu’en Nouvelle Zélande.
Camilo, un suédois de parents chiliens qui démarre aussi un voyage d’un an autour du monde.
Deux finlandaises dont j’ai oublié le nom qui font juste le voyage en transsibérien puis rentrent travailler en Finlande
Et quelques Russes avec qui nous essayons de communiquer par gestes ce qui se termine souvent par de grands fous rires.
Le train continue sa progression et nous sommes maintenant en Sibérie. Nous avons maintenant 3 heures de décalage horaire par rapport à Moscou. Nous traversons d’immenses forêts de bouleaux qui sont entrecoupées par des villages et des villes sibériennes, toujours très fortement industrialisées.
A cette saison, il ne fait pas encore froid. C’est l’automne et les arbres se parent de couleurs oranges du plus bel effet. Vers 20h nous arrivons à Novossibirk qui est située à 3343 km de Moscou. Quelques kilomètres plus loin, nous franchissons un nouveau fuseau horaire. L’heure se décale maintenant de 4h par rapport à Moscou.
La Russie compte tellement de fuseaux horaires que pour faciliter les choses, tous les trains roulent à l’heure de Moscou. Dan les gares, c’est l’heure de Moscou qui est affichée. En arrivant à Novossibirk à 20h, il est en fait 23h heure locale. Plus nous avançons vers l’est et plus le décalage se creuse. Finalement, dans le train on perd totalement la notion de l’heure, discutant jusqu’à des 4h du matin heure locale et allant nous coucher au moment où le jour se lève. Etrange sensation de perdre ses repères temporels.
Dimanche 21 septembre :
Le troisième jour de train commence et on n’a pas encore eu le temps de s’ennuyer. Entre les pauses en gare, les grandes discussions de voyageurs autour d’un thé et la lecture, le temps passe à toute vitesse.
La Sibérie défile devant nos fenêtres. Il fait toujours gris et nous traversons toujours d’immenses forêts. Je ne savais pas que la Sibérie était autant boisée. Cette fois, nous sommes en direction d’Irkoutsk et du lac Baïkal, le lac le plus profond du monde et la plus grand réserve d’eau douce sur terre. Nous avons maintenant 5 heures d’avance sur Moscou.
Les arrêts en gare ponctuent toujours notre journée. Nous gouttons les bières russes, évitant avec subtilité les invitations russes à trinquer à la Vodka et à finir par terre.
Depuis le début du trajet, nous en sommes à notre sixième locomotive différente. Je ne sais pas pourquoi mais fréquemment ils changent de locomotive. Moi qui pensais qu’il n’y aurait pas de caténaires sur une voie aussi longue et reculée, le train a fonctionné à l’électricité jusqu’au lac Baïkal. Ce n’est que depuis le lac que nous avons une locomotive roulant au diesel. Les trains n’ont cependant pas tout perdu de leurs débuts. Le charbon est toujours bien présent et fréquemment rechargé. Dans les wagons, le samovar et le chauffage marchent encore au charbon.
Le soir, je tente avec Camilo une expédition nettoyage de vitres pour éviter d’avoir toutes la crasse sur nos photos. On se retrouve à deux sur le quai, lui sur mes épaules une lavette à la main à nettoyer la vitre à grands renforts d’eau sous le regard amusé des prodovnitsa qui visiblement n’avaient jamais vu ça !
Lundi 22 septembre :
Le soleil se lève et Camilo tembourine à ma porte. La grand père russe qui est dans le même compartiment que lui l’a réveillé de force pour qu’il vienne admirer la paysage. Nous longeons le lac Baïkal, la vue est grandiose !
Nous restons scotchés à la fenêtres pendant plusieurs heures. Le train quitte le lac Baïkal, nous arrivons bientôt à Oulan Oude, dernière grosse ville russe sur notre chemin. Le train prend maintenant la direction de la Mongolie, la paysage change. Le soleil nous a rejoint depuis ce matin et les forêts ont maintenant fait place à des étendues immenses, la Mongolie approche, nous en sommes surs !
Vers 15h (heure de Moscou), le train s’arrête en gare. Nous sommes au poste frontière russe. Les douaniers débarquent dans le train, inspectent (très) vaguement et repartent avec nos passeports. Tout semble aller très vite mais l’horaire de train indique 4 heures d’arrêt.
Nous sortons du train et profitons d’un peu d’air frais sous le soleil tout en faisant mille et une photos de la gare et des trains. Nous trouvons également un petit magasin d’alimentation et en profitons pour dépenser nos derniers roubles. A côté des bières russes trônent de la Hoegaarden et de la Stella, au milieu de nulle part à la frontière de la Russie et de la Mongolie…
L’utilisation de nos derniers roubles est toute trouvée ! Nous achetons le stock de bières belges et du fromage russe et improvisons un apéro sur le quai en attendant le retour des douaniers !
3 heures ont passé, nous sommes toujours là et une opération complexe se met en place. Il s’agit de retirer le wagon restaurant russe qui se trouve au milieu de train ! Lui reste en Russie tandis que le reste du train continue vers la Mongolie. Le jeu des locomotives commence, enlever les wagons puis le restaurant puis remettre les wagons puis remettre la locomotive puis changer une nouvelle fois de locomotive.
Il est 17h et ça fait maintenant 4 heures que nous sommes là. Les douaniers reviennent avec nos passeports tamponnés. Tout est en ordre, nous repartons. Cette fois, la Mongolie nous attend !
Une heure plus tard il est maintenant minuit ! Et oui, nous sommes au poste frontière mongol, exit l’heure de Moscou, les horaires sont maintenant à l’heure de la Mongolie et dans la foulée nous avons perdu un fuseau horaire. Nous n’avançons plus que de 4 heures sur l’heure de Moscou.
Les douaniers mongols entrent dans le train et nous donnent les fiches d’immigration (en anglais) et les fiches de douane (en cyrillique). Nous appelons une douanière et lui expliquons en anglais que nous ne savons pas lire le cyrillique. Elle commence alors une traduction expéditive.
Là vous mettez oui, là non, là non aussi. Là vous déclarez votre argent. Heu notre argent ? C’est quoi la tolérance pour ne pas déclarer ? C’est bon, ne mettez rien. Vous êtes tous étudiants hein ? Heu oui oui. Cochez là alors et signez. Elle reprend les fiches et nos passeports.
Nous éclatons de rire ! Ca doit être le contrôle de douane le plus cool que nous ayons jamais eu. Le plus bidon aussi. Nos passeports reviennent tamponnés. Nous repartons et nous préparons pour notre dernière nuit dans le train.
Mardi 23 septembre :
6h du matin, la prodovnitsa frappe à notre porte et nous dit je ne sais quoi en russe. Il est l’heure de se lever, dans 1h nous serons à Oulan Bator, capitale de la Mongolie et terminus pour notre train. Nous traversons des étendues immenses dans lesquelles nos apercevons des yourtes. C’est donc vrai, les mongols restent un peuple de nomades et vivent toujours dans les yourtes.
Oulan Bator est en vue, c’est la plus grosse et l’une des rares villes du pays. Nos guides la décrivent comme affreuse, d’architecture massive soviétique mais où il est agréable de séjourner. Nous arrivons à la gare, refaisons nos sacs en triple vitesse puis nous séparons après avoir échangé nos adresses email. J’embarque avec Steffen et Tanya dans la vieille Toyota du propriétaire de la guesthouse dans laquelle nous avons réservé une chambre et nous voilà partis à travers la ville sous le soleil mongol.

Waw!!!
que d’aventures G, et ça ne fait que commencer…
Bon vent pour la suite
Encore des belles photos et des beaux récits à lire. En tout cas ca te fait plein de superbe chose de vue en un peu moins de deux semaines. Va vraiment falloir que je parte aussi ca me donne vraiment envie… Encore heurux que tu me fais un peu voyager en même temps.
Marc
Salut Guillaume,
Quelle joie de te relire et voir tes toujours superbes photos, au retour de ma croisière en Méditerrannée. A comparer, les paysages sont bien différents!… Mais le ciel semble aussi plombé! Sinon, j’admire les trains et locos. Et quelles étendues: je les avais vues d’avion en allant au Japon. Mais cette énorme Sibérie semble encore plus plate et monotone. Vivement tout connaître de tes aventures en Mongolie…
Bises.
Aline
waouwwww a part ca je ne sais pas quoi dire!!!
je suis heureux que tout se passe bien et de voir que tu nous reviendras encore plus riche…….
a bientot