Latitude Zero

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Latitude Zero

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous faire découvrir une part importante de mon activité. Latitude Zero est l’expédition organisée en 2007 en Equateur par l’association dont je suis président, le REAj, l’organisation jeunes du Club Alpin Belge.

Nous avons emmené 10 jeunes vivre une expérience exceptionnelle à la découverte d’un nouveau continent et d’une nouvelle culture. Je vous fais découvrir aujourd’hui le film que nous avons réalisé sur cette aventure ainsi que le récit d’Ibram Nobels, un des participants de l’expédition. Si les expéditions aventure vous tentent, n’hésitez pas à visiter le site du REAj pour en savoir plus sur nos prochaines activités pour les jeunes et pour les adultes.

Ce sont clairement les expés qui m’ont donné le virus du voyage, depuis la première expédition organisée en 2002 par le REAj, à laquelle j’ai participé alors que je n’avais que 16 ans. J’y reviendrai lors d’un prochain article.

Récit

Tout le monde est revenu vivant! Voilà déjà un constat qui n’avait rien d’évident. Aucun orteil ou doigt en moins, pas de grands blessés, de rapatriés par avion ou d’amputés à la machette afin éviter la gangrène.

Cette expédition aura au moins permis de nous garder en vie un mois de plus. Merci a elle.

Un mois, sans eau chaude, sans électricité, sans matelas confortable, sans nourriture variée et équilibrée, mais avec de la transpiration, de la fatigue, des cloques, des vomissements, et autres diarrhées. Tout un programme.

Incontestablement, poser objectivement les faits d’une expédition telle que celle-ci est le meilleur moyen de se faire traiter de masochiste. Pour se rattraper, que nous reste-t-il? Des paysages incroyables, des vues splendides, des eaux rafraîchissantes, des gens d’une gentillesse inimaginable, une merveilleuse ambiance au sein du groupe, des questionnements plein la tête, des sourires, des joies, et encore mille autres choses que nous n’aurions incontestablement pas vécu en Belgique.

Dans la boue jusqu’au cou

Après l’avion, le bus et enfin le pick-up, c’est enfin notre premier trek qui s’esquisse. Rien de bien prétentieux, mais une découverte de la forêt subtropicale, première approche de la diversité équatorienne. Vols de matériel au premier campement, pluie diluvienne, glissades dans la bou(s)e,… Mais également des couchers de soleil à couper le souffle, une flore et une faune d’une diversité incroyable, avec des plantes que nous n’arrivons pas à nommer et qui nous émerveillent les yeux toutes les minutes, des oiseaux qui « cuicuitent » discrètement et tant d’autres choses.

Une longue descente à travers un environnement hostile nous mène enfin, après plusieurs jours, dans une plaine chaude et humide où nous rejoignons un village nous ramenant à la « civilisation ». Drôle d’impression que de sentir son corps bouger dans un bus de fortune vers une ville que nous ne connaissons pas encore, alors que quelques heures auparavant nous étions au milieu d’une forêt sombre, proche d’une cascade d’une hauteur vertigineuse. Contrastes permanents auquel nous ne sommes pas habitués dans nos contrées, avec d’un côté des villes modernes, et de l’autre des lieux où on est en droit de se demander si l’homme a déjà mis les pieds. Et entre ces deux extrêmes, quelques heures de bus pendant lesquels on s’interroge sur le mode de vie de ces gens – passant de l’un à l’autre sans arrêt -, sur leur compréhension d’un monde qui n’est ni complètement “sauvage”, ni complètement “moderne”. Un mélange curieux et envoûtant qui nous poursuivra tout au long de notre périple.

Passé cette première approche du pays qui deviendra le nôtre pendant quelques semaines, nous rejoignons Riobamba, ville au nom évocateur quant à sa nature. Si on peut se fier aux quelques jours passés sur place, joie et fête y sont visiblement le quotidien. Nous y reprenons des forces, mangeons notre dose de poulet obligatoire pour tout bon résident équatorien, et nous reprenons la route vers notre deuxième aventure sur les pentes du volcan El Altar.

Et malgré le froid…

Une camionnette nous conduit tout d’abord jusqu’au début du trek, ou plus exactement, jusqu’à ce que la route s’arrête. Nous dormons non loin de là, et le lendemain matin, partons de bonne heure pour notre premier col à 4000m, le premier à cette altitude pour beaucoup. Pendant que nous montons, l’altitude se fait sentir, l’effort devient plus important, la brume nous envahit, et lorsque nous  atteignons le col, nous ne l’apprenons que par un panneau planté sur le bord du chemin. Errance, questionnements, interrogations, et le premier “que faisons nous là?” se pose dans la tête de certains. En dehors des conditions météo, nous marchons sur un sol spongieux qui s’affaisse à chaque pas et c’est sur ce même support, qu’à défaut de mieux, nous plantons notre tente.

Mais le lendemain matin, nos doutes, hésitations et peines se sont évanouis et la beauté du lac que nous découvrons, de la mousse qui hier nous semblait détestable, et du sommet que nous nous apprêtons a franchir nous redonnent du courage. L’ascension se fait sans grandes peines et déjà, nous contemplons depuis nos 4200m l’El Altar, la vallée, notre camp qui hier nous semblait inaccessible. Descente, montée, redescente,… voilà comment se déroule le reste de notre journée, et lorsque nous arrivons au camp, nous voyons doucement la brume monter vers nous, menaçante, qui nous enveloppe comme un cocon… l’heure du sommeil a sonné.

Réveil matinal, rapide “douche” dans un torrent glacial, et c’est le départ pour le point le plus haut de notre expédition. Encore une matinée de “looping” et puis l’arrivée à un autre col à 4000 et au loin, la vue de notre camp pour la nuit, qui semble proche, trop proche. En effet, la pente semble augmenter avec le temps, et la distance de notre objectif tend à s’agrandir par un procédé curieux. Notre vitesse se rapproche de zéro et n’était-ce l’aide de quelques courageux, plusieurs seraient tombés dans le fossé de fatigue. Et puis le sol devient mou, on s’enfonce, le froid nous gagne, et ce blanc immaculé de la neige fraîche nous envahit. Cela complique encore notre ascension et lorsque nous nous arrêtons et décidons de planter nos tentes, c’est avec un “ouf” de soulagement que nous posons nos sacs. Soulagement de courte durée car le vent entre en scène. Un vent qui fait trembler les tentes. Un vent qui refroidit. Un vent qui nous fait comprendre qui décide dans ces contrées.

La nuit sur la glace. Une maigre couverture de survie comme isolation. Le sol dur, chaotique. Des retournements incessants pour essayer de trouver le sommeil. Et puis, tout d’un coup, un cri “C’est le matin!”. Un ou deux braves sortent et nous crient de venir voir, quelques yeux regardent par la tente entrouverte, une exclamation d’émerveillement et aussitôt des tirettes qui se referment pour éviter le froid.

Petit déjeuner au lit – malheureusement sans croissants -, puis faute de mieux, des pâtes au sucre ou à la sauce piquante – selon le goût – pour remplir des estomac vides. Essais infructueux de se réchauffer les pieds au soleil devant une montagne d’un blanc immaculé, un lac bleu azur, et toujours ce froid.

Une partie du groupe enfile enfin ses chaussures et monte quelques dizaines de mètre pour se rapprocher du sommet et admirer la vue, pendant que d’autres, toujours fatigués, se reposent encore un moment.

Le trek se termine par un retour jusqu’au col précédent et une descente dans la vallée à travers la brousse jusqu’à une maison tenue par un dénommé Luis qui nous accueille, nous loge, et le lendemain, nous trouve un transport pour retourner à Riobamba.

Encore et toujours ces contrastes qui nous saisissent. Une journée de marche à travers des paysages de montagne et de plaines, sauvages et cultivés, vide et plein d’animations. Et malgré les imprévus, la neige en surabondance, le froid, le vent,… toujours cette joie d’être présent, de parcourir le pays, à la recherche de quelque chose d’insaisissable et de pourtant tellement prenant.

De retour a Riobamba, se changer et se laver est un plaisir non dissimulé. Et les repas peu équilibrés que nous mangeons nous semblent d’un raffinement inouï à coté des pâtes préparées à 4600m.

Lever 4h et une journée d’attente

Le lendemain, nous sautons dans un bus pour Quito. Doucement, ce dernier nous porte jusqu’à la capitale ou nous pouvons nous promener, agréablement. Ville incroyable, magique. L’arrivée se fait en tournant entre les montagnes se trouvant au coeur de la ville. D’abord une impression de gris en passant dans la banlieue de la capitale. Et puis petit à petit, le béton brut laisse place aux enduits si habituels dans ces régions. Et enfin nous voilà à la gare de bus. Le “trole” nous promène entre les différentes parties de la ville. Nous nous perdons et commençons à entrevoir ce que cette ville a à nous offrir. Promenade dans la ville nouvelle, errance dans la partie ancienne avec ses maisons coloniales magnifiques, ses églises décorées d’or et de mille dessins, ses cafés à touristes offrant une ambiance si particulière, son théâtre Bolivar absolument sublime malgré l’incendie l’ayant partiellement dévasté et encore plein de choses innombrables. Et déjà nous partons pour le village de Cayambe.

Nous tombons en plein carnaval local, déguisement, musique, danse, joie, rire… Une ambiance que nous n’avions pas encore découverte en Equateur. Nous nous promenons parmi la foule, nous mangeons dans les échoppes sorties sur le trottoir, nous remplissons nos têtes de souvenirs hauts en couleur, et finissons la soirée par un billard pour certains, une dernière ballade en ville pour d’autres, alors que la fête se fait encore entendre tard dans la nuit.

A 4h du matin, le lever est difficile. Comme nous nous en doutions, trouver un bus à cette heure est peine perdue. Mais un groupe de fêtards nous accoste et a vite fait de nous trouver un pick-up qui nous dépose, quelques heures plus tard, sur un chemin, au milieu de la brume.

Nous commençons alors notre ascension. Et de nouveau ce même froid, et ce même vent que nous pensions pouvoir oublier. La neige se met également à tomber mais ce sont des flocons de feu qui nous brulent le visage dès que nous osons lever les yeux. L’ascension vers le refuge se fait donc en observant les traces de notre prédécesseur, espérant que ce dernier ne se trompe pas de voie. Et puis un cri annonçant que le refuge est proche. Personne ne lève les yeux, tout le monde continue espérant qu’il ne s’agit pas d’une erreur.

Il fait chaud, l’air est doux. Nous nous reposons calmement sur les banc en mangeant des biscuits et du chocolat, et en buvant un thé chaud. Le tempête ne s’arrêtera que bien plus tard. Mais le sommet ne sera quant à lui jamais atteint ni même visible, sinon par instants. L’abandon du sommet fut notre seule option. Des jours de mauvais temps, aucun équipement ni entraînement adéquat. Se lancer dans l’ascension eut été non seulement stupide, mais suicidaire. Une fois encore, nous nous sentons tout petits et c’est avec une relative déception que nous redescendons dans la vallée.

Mais d’autres surprises sont là pour nous réconforter. La végétation à cette altitude est d’une diversité incroyable, le ciel au loin est d’un bleu sublime, les nuages forment de doux dessins… et les gens que nous rencontrons sont toujours aussi gentils.

Dans les hautes herbes…

Retour rapide a Quito et le lendemain, départ pour Otavalo puis direction la Laguna Negra pour un trek rapide avec un petit sommet nous offrant une magnifique vue sur la vallée et les montagnes avoisinantes. Deux heures de marche pour trouver un campement valable, sur le bord d’une route, suivies d’une soirée calme, d’une bonne journée de marche à travers les routes, les hautes herbes, les collines et la découvertes de plusieurs lacs, tous aussi beaux les uns que les autres.

Montées difficiles, descentes douloureuses. Mais toujours au sommet cette même joie d’être présent.

Après ce trek, départ pour la forêt primaire. Comme à l’accoutumée, bus et pick-up pour arriver à notre point de départ, un petit village du nom de Barcelona. Nous marchons peu et trouvons une petite ferme où nous plantons notre tente.

Minuit, lever en fanfare: contrôle de police de “routine”. Etonné par l’horaire, nous nous plions aux règles et ainsi la situation politique de la région. Cette dernière nous poursuivra pendant tout le trek. En effet, paysans et société minière s’affrontent, cette dernière cherchant à développer la mine au détriment du site et du paysage.

Le lendemain, descente tranquille, sur route. De nombreux papillons virevoltent au dessus de nos têtes ou sont agglomérés par terre et ne semblent pas se préoccuper de notre présence. Des moucherons nous tournent autour et des bruits dignes d’une forêt vierge sont émis des bas côtés de la route où nous percevons une flore d’une densité extrême.

Après quelques heures, nous tombons sur des paysans qui nous accostent, nous expliquent le conflit et nous disent qu’ils vont nous escorter afin de vérifier que nous ne sommes pas des “ingénieurs de la mine”. Nous rions jaune mais n’avons pas trop le choix. Il s’avérera que cette escorte servira finalement surtout de guide, notre topo étant très pauvre pour la région et les chemins, complexes et alambiqués. Sa présence nous sera donc d’une aide précieuse.

Nous marchons encore un moment puis quittons la route et nous enfonçons dans la forêt proprement dite. Les sons sont troublants, voire inquiétants, des affaissements de terrains sont là pour nous rappeler que le sol est instable, le chemin que nous suivons semblant se modifier au fil des jours. Le vert domine, mais des taches de couleurs sont bel et bien présentes, des fleurs de formes curieuses bordant le chemin. De douces odeurs s’en dégagent, liées à celle du feuillage tombé par terre.

Après une longue journée de marche au sein de cet environnement pour le moins déstabilisant, nous arrivons dans un petit village où nous essayons de prendre un pick-up. Nous nous heurtons a la même hostilités des locaux et il faudra attendre un contrôle de police pour qu’un villageois nous propose son camion pour nous ramener à Otavalo.

Quelques heures sur place pour faire des courses dans le célèbre marché ultra touristique de la ville et nous sautons dans un bus pour Quito où nous passons encore une journée a flâner, avant de reprendre un bus pour Guayaquil où, nous prendrons l’avion quelques jours plus tard pour Atlanta, puis pour Bruxelles.

A la prochaine fois…

Au final, des souffrances physiques et morale, un groupe soudé mais pas forcement toujours en harmonie, des altercations, des heurts, des blessures légères, des malades, des errances pour retrouver notre chemin,… mais aussi des découvertes, une ambiance excellente, des amitiés, des discussions enflammées, des lieux et des gens surprenants, et tant de choses encore que les énumérer serait impossible.

Impossible d’avoir des regrets après un tel voyage et si certaines choses nous auraient à tous semblées perfectibles, aucune ne diminue le bonheur que nous a procuré cette expédition, la première pour beaucoup, au sein d’un monde tellement différent et pourtant si semblable.

Ibram NOBELS

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